Des sprites rouges photographiés depuis la Corse, à 500 km des orages

Depuis Montemaggiore, près de Calvi, Florian Riou a saisi des sprites nés au-dessus d’orages catalans, et sa méthode donne des repères aux curieux.

Nour El Amrani Par Nour El Amrani
3 min de lecture
Des sprites rouges photographiés depuis la Corse, à 500 km des orages
Un nuage d’orage illuminé par des éclairs dans la nuit, au-dessus d’un paysage sombre parsemé de quelques lumières.

En bref

  • Florian Riou a photographié des sprites rouges le 16 septembre 2026, depuis Montemaggiore, près de Calvi.
  • Les orages se trouvaient en Catalogne, entre 500 et 700 km selon ses estimations.
  • Ces décharges naissent dans la mésosphère, entre 40 et 90 km d’altitude.
  • La Nasa sollicite les amateurs par son programme Spritacular.

Pour immortaliser un sprite, mieux vaut se placer à plusieurs centaines de kilomètres de la tempête et braquer l’objectif au-dessus d’elle. Florian Riou, qui se consacre à la photographie de haute montagne ainsi qu’aux manifestations naturelles, a procédé de cette manière depuis la Haute-Corse. D’après Les Numériques, son cliché circule désormais très largement sur le web.

Une nuit de septembre face à la Catalogne

Une nuit de septembre, face à la Catalogne : le 16 septembre 2026, une violente série d’orages frappe cette région espagnole. Florian Riou installe alors son matériel à Montemaggiore, village de Haute-Corse proche de Calvi. Ce qui l’intéresse se situe derrière l’horizon, côté espagnol : selon ses estimations, le sujet se trouvait entre 500 et 700 km plus loin, sur la côte espagnole.

Au-dessus de Barcelone, les sprites se succèdent, jusqu’à une immense décharge. Ils ont pris naissance en altitude, au-dessus des tempêtes catalanes, à plus de 500 km de l’appareil photo.

Ce qu’est un sprite

Qu’est-ce qu’un sprite ? Appelés aussi farfadets ou sylphes rouges, ces phénomènes apparaissent dans la mésosphère, très haut au-dessus des cumulonimbus. Ils réagissent aux décharges positives les plus puissantes reliant le nuage au sol. Leur teinte provient de l’azote, que le champ électrique excite à la façon du gaz contenu dans un tube fluorescent.

40 à 90 kmaltitude de formation, dans la mésosphère
Quelques millisecondesdurée d’un sprite
4 juillet 1989première photographie, par l’université du Minnesota

Pendant longtemps, on n’en parlait que dans les témoignages de pilotes. La toute première photographie date de 1989, prise par des chercheurs de l’université du Minnesota. Leur brièveté explique en partie pourquoi ils échappent à l’œil nu : la durée d’un sprite se compte en millisecondes.

Photographe en silhouette sur un rocher, appareil monté sur trépied, face à des collines sous un ciel de crépuscule violet et rouge.
Un photographe installe son appareil sur trépied au sommet d’un affleurement rocheux, face à un ciel de crépuscule. Photo : Hoover Tung / Pexels

Les conditions pour tenter l’image

Les conditions pour tenter l’image : tout dépend de la distance, car lorsqu’on se trouve sous la tempête, les nuages cachent la scène. Voici les repères que la prise de vue corse met en évidence.

  • Se placer à plusieurs centaines de kilomètres de l’orage.
  • Choisir une vue dégagée, sans voile nuageux jusqu’à la zone d’orage, et loin de toute pollution lumineuse.
  • Étudier les modèles de prévision, comme l’a fait Florian Riou pour anticiper les orages espagnols, puis repérer l’orientation qui aligne le lieu d’observation avec la zone visée.
  • Recourir à la fonction vidéo des appareils récents, grâce à laquelle on retient la trame précise de l’éclair, ce qui a ouvert cette traque aux photographes expérimentés.

Les tempêtes de la Méditerranée, à la fin de l’été et au début de l’automne, laissent encore quelques occasions aux curieux. Ces conseils s’adressent surtout à ceux qui maîtrisent déjà leur équipement.

Un exploit déjà réussi, une image devenue virale

Florian Riou avait déjà réussi l’exercice aux États-Unis, dans le parc national des Badlands, le 5 juin 2026. La tempête se situait alors à 650 km, ainsi que le photographe l’explique sur son profil LinkedIn.

Près d’un mois après la prise de vue, l’image circule sur le web. Entre des médias ukrainiens et des comptes consacrés aux OVNI, nombreux sont ceux qui la décrivent comme une scène tirée de la science-fiction, et certains internautes évoquent même une invasion extraterrestre à propos du cliché.

De son côté, la Nasa mise sur les amateurs pour documenter les sprites, grâce à son programme de science participative Spritacular.

Photo : HONG SON / Pexels