Culture

De la chambre de Niépce au Nikon D1, une exposition montre ce que les appareils ont changé dans la photo

À Paris, des pièces associées aux débuts de la photographie côtoieront des boîtiers qui ont élargi ses usages, jusqu’aux premiers jalons du passage au numérique.

Marion Pasquier Par Marion Pasquier
5 min de lecture
De la chambre de Niépce au Nikon D1, une exposition montre ce que les appareils ont changé dans la photo
Un appareil photographique ancien illustre l’évolution des dispositifs de prise de vue présentée dans l’exposition.

Du 8 au 11 octobre 2026, le Salon Photo & Vidéo présentera à Paris une exposition consacrée à deux siècles d’appareils photographiques.

Installée à la Grande Halle de la Villette, elle porte le titre officiel « 200 ans derrière l’objectif. Appareils photo : 1826-2026 ». Sa conception avec le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône inscrit le parcours dans une perspective historique, en réunissant des pièces qui correspondent à plusieurs transformations majeures du médium.

Les dates et le lieu sont rapportés par Sortir à Paris. Selon Phototrend, l’exposition ne juxtapose pas seulement des boîtiers anciens. Elle les confronte à des tirages d’époque ou à des reproductions de photographies.

Ce principe permet de lire l’histoire technique à travers ses effets visibles. Un appareil renseigne sur les conditions matérielles de la prise de vue, tandis que l’image qui lui est associée montre ce que ces choix rendaient possible à un moment donné. Le parcours ne prétend donc pas réunir tous les modèles apparus depuis deux siècles. Il s’appuie sur plusieurs jalons pour faire comprendre comment l’outil, le support d’enregistrement et les usages photographiques ont évolué ensemble.

De la chambre de Niépce au daguerréotype

La chambre dite « de la Découverte » ouvre une perspective sur les expériences de Nicéphore Niépce. Cet appareil a servi à produire Le Point de vue du Gras, présenté comme la première photographie permanente de l’histoire. Sa datation reste située en 1826 ou 1827, une variation qui accompagne encore la présentation de cette image fondatrice.

Cette pièce ramène la naissance de la photographie à un problème très concret. Il ne suffisait pas de projeter une scène dans une chambre obscure. Il fallait parvenir à conserver cette projection sur un support afin que la lumière du jour ne la fasse pas disparaître. L’appareil exposé matérialise ainsi le passage d’un dispositif optique connu à une image durable.

Un appareil à daguerréotype datant des années 1840 prolonge cette première étape. Sa présence permet d’observer un moment où la photographie commence à quitter le seul domaine de l’expérimentation pionnière. Entre cette pièce et la chambre de Niépce, le visiteur peut distinguer deux temps rapprochés mais différents, celui de la recherche d’une image permanente, puis celui d’un procédé photographique incarné par des appareils dédiés.

La mise en regard des instruments et des images évite une lecture fondée uniquement sur la forme des boîtiers. Elle rappelle que l’histoire de la photographie concerne autant les procédés d’enregistrement que la manière dont une scène devient une image regardable et transmissible.

Un ancien boîtier photographique argentique en métal et cuir posé sur un rebord en bois.
Photo d’illustration. Un appareil photographique ancien à mise au point manuelle posé sur une surface en bois. Source : Pexels. Photographe : Roberto Lee Cortes. Licence Pexels.

Trois appareils qui élargissent les usages au XXe siècle

Le parcours gagne ensuite le début du XXe siècle avec des appareils liés à des pratiques plus accessibles ou plus mobiles. La chronologie fait apparaître un écart de seulement trois ans entre le Kodak Brownie Box et le Gaumont Block-Notes, avant le jalon du Leica II en 1932.

Appareil Repère chronologique Ce qu’il éclaire dans le parcours
Kodak Brownie Box 1900 Un appareil retenu pour évoquer l’élargissement de la pratique photographique au début du siècle.
Gaumont Block-Notes Commercialisé à partir de 1903 Un autre jalon précoce dans l’évolution des formes et des usages de l’appareil.
Leica II 1932 L’essor du format 35 mm et le rôle de ces appareils dans le développement du reportage.

Le Leica II rend particulièrement lisible le rapport entre format et pratique. Dans l’exposition, il sert à montrer comment les appareils 35 mm ont accompagné le développement du reportage. La technique ne se réduit plus ici à la fabrication d’une image durable. Elle influe sur la mobilité du photographe et sur sa capacité à travailler au contact des situations.

Cette relation entre conception du boîtier et destination de l’image demeure actuelle, même si les technologies ont changé. Le choix entre différentes architectures continue de dépendre des usages, comme le montre notre comparaison entre appareil bridge et appareil hybride. Dans le parcours historique, l’intérêt consiste toutefois à revenir au moment où certaines associations entre format, maniabilité et genre photographique se mettent en place.

Deux bascules numériques séparées par deux ans

La fin des années 1990 est représentée par deux appareils lancés à deux ans d’intervalle. Ils témoignent de solutions différentes au moment où la photographie numérique cherche encore ses supports et ses formes.

Appareil Lancement Particularité mise en avant
Sony Mavica MVC-FD5 1997 Les images sont enregistrées sur disquette.
Nikon D1 1999 Il est présenté comme le premier reflex numérique entièrement conçu par Nikon.

Le Sony Mavica MVC-FD5 donne une forme immédiatement visible à la question du stockage. La disquette relie l’appareil à un support informatique identifiable, à une époque où les pratiques numériques ne sont pas encore stabilisées autour des cartes mémoire et des transferts devenus familiers.

Le Nikon D1 correspond à un autre enjeu. Son statut dans l’exposition tient à la conception intégrale d’un reflex numérique par Nikon. Placé après les appareils argentiques du parcours, il aide à comprendre que le passage au numérique ne concerne pas seulement le remplacement d’un support sensible. Il engage aussi la conception du boîtier et l’intégration de l’enregistrement électronique dans l’appareil.

Ces deux modèles ferment l’écart entre une image fixée après les expériences de Niépce et une photographie devenue fichier. Leur rapprochement montre surtout que le numérique n’est pas apparu sous une forme unique : à la fin des années 1990, le support amovible du Mavica et l’architecture reflex du D1 répondent à des logiques distinctes.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Bruno Kraler. Licence Pexels.