Culture

Femmes et photographie : comment les regards et les responsabilités gagnent en visibilité

Des foires aux institutions, des expositions aux revues, plusieurs initiatives rendent plus visibles les parcours de femmes dans la photographie, sans réduire leurs pratiques à un style unique.

Femmes et photographie : comment les regards et les responsabilités gagnent en visibilité
Back view of crop female photographer taking pictures of tinsel and party ball on professional photo camera. Cette photographie accompagne l’article « Femmes et photographie : comment les regards et les responsabilités gagnent en visibilité ».

La place des femmes dans la photographie se joue autant dans les images produites que dans les instances qui les montrent, les sélectionnent et les racontent. À Paris, les évolutions récentes concernent ainsi les artistes exposées, mais aussi la direction artistique d’une foire, celle d’une institution et le travail éditorial de nouvelles revues. Ces avancées ne dessinent pas une esthétique commune. Elles rendent plutôt plus perceptibles des parcours, des œuvres et des responsabilités longtemps moins visibles dans le récit de la photographie.

En bref

  • Anna Planas assure la direction artistique de Paris Photo depuis 2023.
  • Le parcours ELLES x Paris Photo, mis en œuvre en 2018, est identifié en 2026 par les galeries comme un signal de redécouverte ou d’émergence artistique.
  • Les artistes femmes représentées par les galeries à Paris Photo sont passées d’environ 20 % sept ans avant 2026 à 39 % en 2024.
  • Le magazine Gaze paraît deux fois par an depuis 2020 et interroge notamment la possibilité d’un female gaze.

Cette question appartient pleinement à la culture de l’image : décider quelles œuvres sont vues, comment elles sont accrochées et dans quels ensembles elles prennent place influence la manière dont le public lit l’histoire du médium. Les chiffres ou les nominations ne suffisent pas à résumer cette histoire, mais ils éclairent les mécanismes de visibilité à l’œuvre.

À Paris Photo, un parcours pour relier les œuvres et les générations

Anna Planas assure la direction artistique de Paris Photo depuis 2023. Dans une enquête consacrée aux femmes qui transforment le monde de l’image, elle évoque l’importance de pouvoir inscrire les photographes dans une histoire, une filiation et un héritage, plutôt que de les considérer comme des exceptions isolées.

Le parcours ELLES x Paris Photo a été mis en œuvre en 2018. Son principe est de faire circuler les visiteurs d’une galerie à l’autre afin de faire apparaître des correspondances entre des artistes et des périodes différentes. En 2026, il est identifié par les galeries comme un signal pouvant accompagner la redécouverte d’une artiste ou l’apparition d’une écriture artistique.

Art gallery hallway with framed artworks and visitors seated inside, under warm lighting.
Illustration d’une présentation de photographies en galerie. Source: Pexels. Attribution: ProtSilver Chen. Licence: Pexels License.

Les données rapportées pour la foire constituent un indicateur précis, à ne pas étendre mécaniquement à l’ensemble du secteur. Les artistes femmes représentées par les galeries à Paris Photo étaient de l’ordre de 20 % sept ans avant 2026. Elles représentaient 39 % des artistes en 2024. L’écart souligne une progression de leur présence dans cette foire, sans permettre à lui seul de conclure sur toutes les réalités du marché photographique.

Cette visibilité passe également par les personnes qui dirigent les lieux. La Maison européenne de la photographie a désigné en décembre Julie Jones, de nationalité franco-britannique, à sa tête. Une nomination n’efface pas les déséquilibres historiques, mais elle rappelle que le regard porté sur les collections, les expositions et les artistes dépend aussi de celles et ceux qui organisent leur rencontre avec le public.

Le female gaze comme question ouverte, pas comme étiquette esthétique

Depuis 2020, le magazine Gaze paraît deux fois par an et s’intéresse notamment à la possibilité d’un female gaze. La revue a été fondée par Clarence Edgard-Rosa et sa direction artistique est assurée par Laura Lafon Cadilhac. Son existence met en circulation une question utile pour les photographes comme pour les spectateurs : de quelles habitudes de représentation une image hérite-t-elle, et comment peut-elle s’en écarter ?

Le terme ne doit pourtant pas enfermer les artistes dans une catégorie homogène. Une photographe ne travaille pas nécessairement à partir des mêmes sujets, des mêmes formes ou des mêmes intentions qu’une autre. Réduire les œuvres à l’identité de leur autrice risquerait de reproduire le type de simplification que la redécouverte des parcours cherche précisément à corriger.

People observing nature photography at an art gallery exhibit. Diverse artworks displayed.
Illustration d’une présentation de photographies en galerie. Source: Pexels. Attribution: dsdcw. Licence: Pexels License.

Pour regarder les images avec davantage de précision, il est plus fécond d’interroger ce qui est cadré, ce qui est laissé hors champ, la distance adoptée face au sujet ou encore la place accordée aux corps et aux espaces. Ces questions concernent toute photographie. Elles permettent d’analyser une image sans supposer qu’une sensibilité ou une technique découlerait automatiquement du genre de son auteur.

La photographie de rue montre la pluralité des écritures

L’exposition A Female Gaze, présentée à la galerie Howard Greenberg du 19 janvier au 2 avril 2022, réunissait 49 images de femmes photographes de rue sur sept décennies. Elle comprenait notamment des œuvres de Berenice Abbott, Diane Arbus, Vivian Maier et Ruth Orkin. Cette sélection historique est décrite par Blind Magazine dans son article sur l’évolution de la photographie de rue.

La diversité des pratiques exposées est essentielle. Entre observation furtive, attention aux gestes ordinaires, recherche formelle et photographie de la vie urbaine, les images ne se laissent pas ramener à un vocabulaire unique. Selon Blind Magazine, A Female Gaze montre qu’il n’existe ni regard féminin singulier ni style photographique féminin singulier.

C’est sans doute le point le plus utile pour la lecture des œuvres contemporaines. Accroître la visibilité des photographes, des curatrices et des directrices artistiques ne consiste pas à produire une nouvelle case esthétique. Il s’agit de multiplier les récits, les références et les conditions d’accès aux images. Pour le public comme pour les praticiens, cette pluralité élargit les possibilités de comparer les démarches et d’affiner son propre regard.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: George Milton. Licence: Pexels License.