Le GR IV Monochrome perd la couleur et gagne en sensibilité utile

Capteur sans matrice de Bayer, filtre rouge intégré, ISO relevés : le premier GR sans couleur impose d’autres réflexes d’exposition, sans changer de gabarit.

Raphaël Dumont Par Raphaël Dumont
4 min de lecture
Le GR IV Monochrome perd la couleur et gagne en sensibilité utile
Photo d’illustration. Prise de vue en noir et blanc avec un appareil photo compact tenu à hauteur d’yeux devant une façade vitrée.

En bref

  • Le Ricoh GR IV Monochrome, lancé en janvier 2026, est le premier GR dédié au noir et blanc.
  • Son capteur APS-C de 25,7 Mpx se passe de matrice de Bayer.
  • Un filtre rouge intégré remplace le filtre ND et coûte environ 3 stops.
  • Le gabarit reste celui du GR IV : 262 g, sans viseur ni tropicalisation.

Avec le GR IV Monochrome, on gagne surtout de la sensibilité exploitable et un grain plus agréable, à condition d’accepter de ne plus jamais voir de couleur et d’exposer avec davantage de prudence. Selon le test de Phototrend, ce boîtier garde presque tout du GR IV, mais change de capteur.

Un GR IV vidé de sa couleur

Le GR IV Monochrome abandonne la matrice de Bayer sur son capteur CMOS APS-C de 25,7 Mpx : tout photosite enregistre la lumière sans filtre coloré, si bien que le cliché est noir et blanc dès la prise de vue, sans aucun dématriçage. L’optique demeure un 18,3 mm ouvrant à f/2,8, soit l’équivalent d’un 28 mm en plein format, et les fichiers mesurent 6192 x 4128 pixels.

Les dimensions restent identiques, à savoir 11 cm en longueur, 6,1 cm en hauteur et 3,3 cm en épaisseur, pour 262 g. Seule la finition change : une teinte noir mat plus lisse, un déclencheur noir, un logo GR plus sombre et un voyant d’alimentation blanc. D’après le test, cela renforce la discrétion en photo de rue.

Le terrain n’est pas vierge. Pentax avait lancé en 2023 le K-3 Mark III Monochrome, son premier reflex à capteur exclusivement noir et blanc, et Leica propose les M Monochrom ainsi que le Q3 Monochrom à 6990 €.

Sensibilité et rendus : la vraie promesse

160 à 409 600plage ISO, contre 100 à 204 800 sur le GR IV standard
3200ISO : images restées impeccables au test
12 800ISO : valeur où le GR IV se noyait dans le bruit, ici encore exploitable

Comme aucune matrice de Bayer ne filtre la lumière, le capteur en reçoit davantage, ce qui explique la sensibilité nominale remontée. Passé 3200 ISO, le bruit se traduit par un grain fin, proche de l’argentique, sans bruit chromatique. Le test estime même le 25 600 ISO exploitable si l’on accepte un grain prononcé ; la qualité chute plus vite après 51 200 ISO, et les valeurs extrêmes tiennent surtout du discours commercial.

Rendu Ce que le test en dit
Standard Base neutre et équilibrée
Solid Images franches, contours affirmés, sans l’excès du Hi-Contrast ; préféré du testeur pour la rue et l’architecture
Soft Transitions adoucies, images plus aériennes
Hi-Contrast Noirs profonds et blancs éclatants
Grainy Grain prononcé, esprit tirage argentique
HDR Tone Dynamique resserrée, rendu graphique à réserver à de rares occasions

Trois emplacements restent personnalisables. Ces rendus s’appliquent surtout aux JPEG, et Lightroom ne reconnaît pour l’instant que Standard, Solid et Soft.

Exposer et cadrer autrement

À la place du filtre ND, on trouve un filtre rouge que l’on déclenche d’un appui sur Fn. Comme sur pellicule, il fonce les ciels et les bleus, éclaircit les rouges et les orangés, et accentue le contraste dans les paysages. Revers de la médaille : il absorbe environ 3 stops, ce qui oblige à augmenter les ISO ou à allonger le temps de pose.

Faute de ND, l’obturateur mécanique, limité au 1/2500 s, risque de se révéler insuffisant sous un soleil éclatant avec une ouverture de f/2,8. On peut alors basculer sur l’obturateur électronique, qui grimpe jusqu’au 1/16 000 s, au prix d’un possible rolling shutter si le sujet bouge.

Côté exposition, une haute lumière brûlée est définitivement perdue sur un capteur monochrome. Le test conseille de sous-exposer légèrement puis de remonter les ombres au développement, que le capteur encaisse sans bruit gênant.

Le « zoom » numérique propose en outre des recadrages correspondant à 35 et 50 mm, en 16 Mpx (4944 x 3296) ou en 8 Mpx (3504 x 2336).

Ce qui reste comme avant

  • L’appareil n’a toujours pas de viseur ; il garde un écran de 3 pouces non orientable, de 1,04 Mpts, et des menus sobres.
  • Appareil non tropicalisé, Ricoh invoquant la compacité ; les joints autour de l’objectif rétractable ont toutefois été améliorés depuis le GR IV.
  • Filtre du capteur doté d’un revêtement antistatique, qui facilite le nettoyage par ultrasons à chaque allumage.
  • Aucun capuchon d’objectif fourni : le test conseille d’en acheter un.
  • Un appui long sur Lecture permet de revoir ses photos sans déployer l’objectif.

Avec un capteur monochrome, la moindre poussière dessine sur les ciels uniformes une marque très nette : on évitera donc la pluie et les poches pleines de poussière. Le test mentionne pour finir une option en couleur au tarif voisin, le Fujifilm X100VI, dont les simulations de film en noir et blanc font office d’alternative.

Photo : Milo Deckert / Pexels